vendredi , 22 février 2019

Mois de l’enfant : Des gamins entre le marteau et… la plume

Ils sont des centaines d’enfants scolarisés et non scolarisés à travailler dans les carrières de Manéah, depuis des générations, à la demande souvent de leurs parents, qui tous n’ont qu’un seul argument : la pauvreté.

 

Il y a à travers le monde des enfants maltraités, abandonnés dans les rues et non scolarisés, alors que d’autres sont exploités… À l’occasion du mois de l’enfant, nous nous sommes allés dans la principale carrière de granite de Manéah. Les enfants y mènent une vie infernale aux côtés de leurs parents.


La pauvreté est à l’origine de cette situation. La sous-préfecture de Manéah est à 45 km de Conakry, regorge de plusieurs carrières de granite où les enfants travaillent durement. Exposé à un soleil torride, à la pluie selon les saisons, mais surtout à la poussière suffocante, Ibrahima Sory Camara(Hermakono), 15 ans, a fait déjà la moitié de sa vie dans cet environnement inquiétant : « mon père ne travaille pas, ma mère est une ménagère. Il y a huit ans que je fais ce travail pour aider ma famille. Je viens chaque jour ici fendre de gros cailloux, je les transporte à un endroit pour les concasser en petits morceaux pour la vente. »


Sous les bruits des marteaux et des étincelles


Sous les bruits des marteaux et des étincelles de granite, ils sont nombreux les enfants qui monnayent leur force ici comme Ousmane Sidibé, ce gamin qui ignore même son âge : « je suis en 2ème année. Je ne viens ici que les dimanches pour aider mon ‘’grand’’. Après la vente et le partage, je ramène ma part à la maison et je la donne à ma maman ou à mon père ».


Moussa Bangoura, 10 ans est également à l’école primaire de Bambayah, au centre-ville de Manéah. Malgré son très jeune âge, personne ne semble s’inquiéter de son cas surtout quand on sait qu’il est là à cote de sa mère : « je viens à la carrière chaque dimanche avec ma mère pour fendre les cailloux. On y reste du matin jusqu’au soir. Et le lendemain je vais à l’école… ».


La maman du petit Moussa(MT) ne veut pas trop parler, ni être prise en images. Mais elle est convaincue que pour juguler l’extrême pauvreté qui frappe la famille, il n’y a pas d’autres choix. « Vous voulez qu’on parle de quoi ? Si je ne sors pas de la maison, personne ne peut manger ni s’habiller et on aura rien pour payer les frais scolaires. A son âge-là Moussa peut m’être utile ici les jours où il ne va pas à l’école… » Comme les jeunes garçons, les jeunes filles travaillent également au milieu des gravats des restes de granite dynamités par les exploitants de la carrière.


Mamata Bangoura, 12 ans, travaille à la demande de sa sœur ainée. Elle mène à son jeune âge une vie infernale partagée entre l’école et la carrière : « je viens les matins ou les soirs…Cela dépend de la programmation à l’école. Si j’ai cours les matins, dès midi après l’école, je viens à la carrière et nous y restons jusqu’au soir. Le lendemain je commence par la carrière ».


Kerfalla Camara, 15 ans, collégien, monnaye sa force à la carrière depuis plus de 10 ans. Il fait ce travail pour subvenir à ses propres besoins, mais aussi pour aider ses parents. « Quand je gagne de l’argent, je le divise en deux parts. Une pour moi et l’autre pour mes parents, pour avoir leur bénédiction. Ce que je gagne me permet d’acheter des habits et les fournitures scolaires. En fait, je diminue la charge familiale… »


Yaya Bah n’a que dix ans. Il aide sous un soleil de plomb sa maman. « Je fais ce travail, parce que ma mère me l’a demandé. Dès après l’école, je viens immédiatement à la carrière… » Ibrahima Kalil Kéita, collégien a 16 ans. Comme la plupart des enfants de son âge à Manéah, il vient à la carrière pour trouver de quoi aider sa famille : « Mes parents sont pauvres et ils sont tous âgés. Il me faut donc tenir compte de cette situation qui me met dans l’embarras. Je ne veux abandonner l’école, mais je suis obligé de venir ici pour aider mes parents… »


Entretiens avec des parents


Pour les parents il n’y a aucune inquiétude pour les enfants qui travaillent dans ces conditions pénibles.


N’Mamy Sacko, mère de famille dont le mari ne travaille pas, ne trouve pas d’inconvenants que ses enfants travaillent à ses côtés. « Vous savez, c’est la pauvreté qui nous amène ici. Nous n’avons pas de choix. Ou tu restes à la maison, tes enfants meurt de faim ou de la maladie, parce que tu n’a pas les moyens, ou tu viens à la carrière. J’ai des enfants qui sont tous dans les écoles privées. S’ils n’ont pas de cours, je leur demande de venir m’aider ici, pour subvenir aux besoins primaires de la famille… »


Yarie Bangoura, veuve est la mère du petit Yaya Bah. Elle a perdu son mari, qui lui a laissé cinq enfants. Voilà pourquoi elle se retrouve dans les carrières de granite avec ses enfants. « Mon mari est décédé. Il ya personne pour m’aider à supporter l’éducation de ces enfants qui sont tous à l’école. J’ai donc choisi la carrière pour me permettre de subvenir à leurs besoins…Ils doivent me rejoindre dès après l’école… »


Daouda Soumah, père de famille, est là avec ses enfants dont l’âge varie entre 10 et 18 ans. Aucun, selon lui ne fréquente l’école et ils doivent donc venir à la carrière aider leurs parents. « Je n’ai pas les moyens de les mettre à l’école. Mais pour subvenir à leurs besoins, je suis obligé à casser des cailloux et chacun doit participer à ce travail qui n’est pas approprié, il est vrai pour les enfants, mais nécessaire voire obligatoire pour leur survie ».


SOURCE : Le Nimba

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