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Depuis Addis, ce qu’à dit Hillary Clinton à l’Afrique

Département d’État
Bureau du porte-parole
Le 13 juin 2011

Déclaration de la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton à l’Union africaine

Le 13 juin 2011
Addis-Abeba, Éthiopie

Bonjour. C’est pour moi un grand honneur que de me joindre à vous ici, à Addis-Abeba, et de m’adresser à l’Union africaine. Je tiens à remercier le président Ping, les membres de la commission de l’Union africaine, les ambassadeurs auprès de l’Union africaine, les représentants des institutions des Nations unies et, surtout, les représentants des pays et des peuples de l’Afrique. Je vous sais gré de l’occasion qui m’est offerte d’être des vôtres. Je suis contente d’être revenue en Afrique, et je me sens particulièrement honorée de prendre la parole à cette tribune.

Ces derniers jours, je me suis rendue en Zambie, en Tanzanie et, maintenant, en Éthiopie. J’y ai rencontré des dirigeants et de simples citoyens qui relèvent toutes sortes de défis avec créativité, courage et habileté. Je suis heureuse d’être la première secrétaire d’État à prendre la parole devant l’Union africaine parce que je suis convaincue qu’au XXIe siècle nos plus grands défis ne pourront être relevés par des individus ou des pays qui font cavalier seul. Ces défis nécessitent la collaboration de pays et de peuples qui agissent ensemble dans le cadre d’alliances, de partenariats et d’institutions telles que l’Union africaine.

Pensez donc à ce qu’il faut mettre en œuvre pour venir à bout de difficiles questions planétaires, tels les changements climatiques ou le terrorisme, ou encore régionales, par exemple l’action de l’Union africaine au Soudan et en Somalie. Les efforts que vous consentez pour mettre fin à la campagne brutale de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), pour créer une révolution verte en Afrique capable de faire reculer la faim et la pauvreté, pour régler l’épineuse question de l’aide à apporter aux réfugiés déplacés par des conflits, pour lutter contre les crimes transnationaux, comme la piraterie et la traite : il s’agit là de défis d’une énorme complexité sur le plan de la diplomatie et du développement. Mais les institutions comme celle-ci nous facilitent la tâche en aidant les pays à traduire des intérêts communs par des actions communes, en encourageant la création de coalitions et le sens du compromis, en intégrant les nations émergentes dans une communauté mondiale dont les obligations et les attentes sont claires.

C’est pourquoi, en tant que secrétaire d’État, j’ai mis en relief le travail d’institutions régionales de par le monde, en Amérique latine, en Asie, en Europe et en Afrique. Certes, les institutions régionales ne sont pas toutes pareilles, mais de plus en plus souvent elles sont amenées à résoudre des problèmes et à produire des résultats concrets qui se traduisent par des changements positifs dans la vie des gens. Pour venir à bout des problèmes auxquels se heurtent l’Afrique et le monde, nous avons besoin de l’Union africaine. Nous avons aussi besoin des institutions infrarégionales de l’Afrique, qui doivent toutes aider à montrer la voie à suivre. En effet, les résultats que vous obtiendrez façonneront l’avenir, à commencer, bien sûr, pour le peuple africain, mais aussi pour le peuple de mon pays, et en fait pour tous les peuples, où qu’ils se trouvent, dans la mesure où les événements qui surviennent en Afrique ont des échos à l’échelle mondiale. La croissance économique ici stimule la croissance économique ailleurs. Les percées réalisées ici dans la recherche en matière de santé peuvent sauver des vies et améliorer des existences ailleurs. Et établir la paix ici, c’est rendre le monde plus sûr.

Les États-Unis cherchent donc à conclure de nouveaux partenariats dynamiques avec les peuples, les pays et les institutions d’Afrique. Nous voulons vous aider à accélérer les progrès en cours dans de nombreux endroits et collaborer avec vous pour inverser les tendances dangereuses et encourager les évolutions politiques, économiques et sociales positives.

Aujourd’hui, j’aimerais discuter brièvement trois pôles d’action, qui sont des domaines prioritaires pour vous comme pour nous et dans lesquels nous pouvons réaliser des progrès particuliers par l’entremise d’institutions telles que l’Union africaine. Je veux parler de la démocratie, de la croissance économique et du dossier paix et sécurité. Ces trois domaines sont indispensables à la prospérité de toute région. Tous trois sont du ressort de pays individuels et de communautés de nations. Et tous trois présentent des défis, des possibilités et des responsabilités auxquels nous devons faire face ensemble.

Premièrement, la démocratie. Permettez-moi de vous dire que, sur ce plan, l’Afrique vit des moments palpitants. Plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne ont adopté un système démocratique, constitutionnel et multipartite. Certains, tels le Botswana, le Ghana et la Tanzanie, s’emploient depuis des dizaines d’années à construire des institutions fortes et une tradition de transitions démocratiques pacifiques. [Interruption du système audio] Quand ce genre de chose arrive, on continue comme si de rien n’était. [Rires] [Applaudissements] Les pays que je viens de citer sont des modèles que gagneraient à émuler non seulement leurs voisins, mais de plus en plus souvent le reste du monde.

D’autres pays africains affichent eux aussi des progrès importants. Au Nigéria, le président Jonathan a été officiellement investi de ses pouvoirs il y a quinze jours, point d’orgue d’une élection que beaucoup s’accordent à qualifier de la plus honnête de l’histoire récente du Nigéria. De même, des élections se sont déroulées dans de bonnes conditions au Bénin et au Malawi au printemps, ces succès venant s’ajouter à ceux d’autres consultations populaires multipartites dans ces pays. Au Kenya, la démocratie a bénéficié d’une nouvelle impulsion à la suite du référendum de l’année dernière sur sa nouvelle constitution. Le scrutin s’est déroulé dans le calme, et la constitution, qui contient une déclaration des droits et limite les pouvoirs de l’exécutif, a été approuvée par une large majorité. Le Niger et la Guinée, qui avaient été récemment le théâtre de coups d’État militaires, ont tenu des élections réussies l’année dernière. Et en Côte d’Ivoire, la crise qui a suivi les élections de 2010 a finalement été dénouée il y a deux mois avec l’aide de l’Union africaine, et le candidat qui avait remporté l’élection occupe aujourd’hui le poste de président du pays.

Il ne s’agit là que de quelques exemples des acquis récents de la démocratie en Afrique. En dresser la liste complète prendrait tout le temps qui m’est imparti aujourd’hui. Dans plusieurs pays, les institutions de la démocratie deviennent plus fortes. On y trouve des médias plus libres, des appareils judiciaires qui rendent la justice dans un souci d’égalité et d’impartialité, des législatures honnêtes, des sociétés civiles dynamiques.

Assurément, le mérite de ces progrès durement acquis revient en grande partie au peuple et aux chefs de file de ces pays, qui ont exigé, avec fougue et sans relâche, souvent à leurs risques et périls, que leurs dirigeants protègent l’État de droit, qu’ils honorent l’issue du scrutin, qu’ils respectent les droits et les libertés. Mais le mérite en revient aussi à l’Union africaine, qui a interdit à de nouveaux dirigeants issus d’un régime militaire ou portés au pouvoir par un coup d’État de siéger en son sein. L’Union africaine et d’autres institutions régionales de l’Afrique ont également joué un rôle déterminant dans le dénouement de crises et la création des conditions nécessaires aux transitions démocratiques, les missions d’observation des élections menées par l’Union africaine comptant pour beaucoup à cet égard.

Mais la célébration de ces progrès ne doit pas nous faire oublier que trop de gens en Afrique vivent encore sous le joug de dirigeants au pouvoir depuis longtemps, des hommes qui se préoccupent trop de la longévité de leur règne et pas assez de l’avenir qu’ils doivent bâtir pour leur pays. D’aucuns prétendent même croire en la démocratie – la démocratie se résumant pour eux à une seule élection, une seule fois. [Rires] [Applaudissements]

Or cette conception de la gouvernance est rejetée par des pays de ce continent et au-delà. Pensez aux changements qui ont récemment balayé l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Après des années vécues sous une dictature, les gens exigent des dirigeants d’une nouvelle trempe ; là où ils ont été longtemps réduits au silence, ils exercent leur droit de s’exprimer, souvent à pleins poumons. Là où les emplois sont rares et où une toute petite élite prospère alors que le reste de la population tire le diable par la queue, les gens – en particulier les jeunes – expriment leurs frustrations au travers de leurs revendications sociales, économiques et politiques.

Leur message est on ne peut plus clair : le statu quo est fini ; les vieilles méthodes de gouvernance ne sont plus acceptables ; il est temps que les dirigeants rendent des comptes, qu’ils traitent leur peuple avec dignité, qu’ils respectent ses droits et qu’ils produisent des débouchés économiques. S’ils s’y refusent, il est temps qu’ils tirent leur révérence.

Tous les pays du monde ont des leçons à tirer de ces mouvements démocratiques, mais cette vague de militantisme, que l’on a fini par désigner sous le terme de « printemps arabe », revêt une importance particulière pour les dirigeants, en Afrique et ailleurs, qui s’accrochent au pouvoir à tout prix, qui suppriment toute dissension, qui s’enrichissent et enrichissent leurs partisans au détriment de leur peuple. À ces dirigeants, notre message doit être on ne peut plus clair : soyez à la hauteur de cette occasion historique ; montrez que vous avez l’étoffe d’un chef en vous engageant dans une voie qui honore les aspirations de votre peuple ; créez un avenir dans lequel vos jeunes auront foi, un avenir que vos jeunes défendront et qu’ils aideront à construire. Parce que si vous ne le faites pas, si vous pensez que les libertés et les possibilités que nous qualifions d’universelles ne s’appliquent pas à votre peuple, aux hommes et aux femmes sur un pied d’égalité, ou si vous ne souhaitez pas aider votre peuple à travailler et à vivre dans la dignité, vous vous trouvez à contre-courant de l’histoire, et le temps vous donnera tort.

Les États-Unis s’engagent à soutenir les pays africains qui sont déterminés à construire un avenir libre, pacifique et prospère, une tâche certes difficile, mais gratifiante. Nous comptons sur des institutions telles que l’Union africaine, des institutions acquises à la démocratie et à la gouvernance, pour continuer d’encourager les pays à suivre cette voie, faute de quoi ils risquent de se retrouver plus isolés que jamais.

Il est évident que créer les conditions qui permettront aux individus et aux collectivités de s’épanouir dans une démocratie ne se limite pas à la tenue d’élections ; celles-ci sont nécessaires mais insuffisantes. La bonne gouvernance requiert des élections libres, justes et transparentes, des médias libres, un système judiciaire indépendant et la protection des minorités. Et la démocratie doit aussi donner des résultats qui profitent à la population : des possibilités économiques, des emplois et un niveau de vie amélioré.

En cette matière aussi, la carte de l’Afrique s’illumine de réussites. Six des 10 économies qui ont connu la croissance la plus rapide dans le monde au cours des dix dernières années sont en Afrique subsaharienne, et ce pourcentage devrait augmenter au cours des cinq prochaines années. À l’heure où les investisseurs de par le monde cherchent de nouveaux marchés prometteurs qui méritent de s’y lancer, l’Afrique attire l’attention de tous les coins de la planète.

Mais un avenir prospère n’est pas garanti. Plusieurs des économies les plus dynamiques du continent dépendent d’une seule industrie ou d’un seul produit d’exportation, qui est souvent une matière première, et cela a de bons et de mauvais côtés, comme nous le savons tous. Cela peut décourager l’élan de nouvelles industries et des emplois qui les accompagnent, et risque de concentrer les richesses du pays entre les mains de quelques privilégiés. Entre-temps, bien que le taux de croissance monte en flèche dans certains pays, il n’augmente que trop lentement dans d’autres et la croissance sur papier peut prendre trop longtemps pour se traduire en nouveaux emplois dans tout le pays. Mais c’est ce désir qui est particulièrement urgent parmi la jeunesse d’Afrique et que l’on ne peut ignorer.

Quand nous avons vu les soulèvements, d’abord en Tunisie puis en Égypte, ils reflétaient le désir du changement tant politique qu’économique. De nombreux jeunes ont dit qu’ils avaient étudié et travaillé dur. Il y a l’histoire tragique du jeune marchand de légumes qui a finalement perdu tout espoir, car quoiqu’il fasse, un régime corrompu ne lui donnait aucune chance de traduire la sueur de son front en bienfaits économiques pour lui et sa famille. Plus de 40 % de la population du continent africain ont moins de 15 ans. Et les jeunes représentent près des deux tiers si l’on compte tous les moins de 30 ans. Ces jeunes sont en train de devenir adultes tous à la fois et sont tous connectés. Grâce aux médias sociaux, il n’y a plus de secrets car cette technologie incroyable peut apprendre à un jeune d’une région rurale dépourvue de routes mais où fonctionnent les téléphones portables ce qui se passe dans sa capitale ou dans d’autres pays.

Créer des emplois et des débouchés pour ces jeunes gens est un défi énorme, mais un défi que l’Union africaine s’est engagée à relever, je le sais. Votre sommet plus tard ce mois ciblera l’autonomisation de la jeunesse pour le développement durable. Vous avez raison de dire que les jeunes doivent être inclus dans cette mission ; autrement, les plus travailleurs, les meilleurs et les plus talentueux de vos jeunes soit seront frustrés et se dresseront contre les dirigeants de leurs pays, soit les quitteront pour trouver des débouchés dans d’autres. Après tout, les gens qui s’expriment le plus fort en Afrique le font avec une éloquence et un sens du militantisme dont nous devrions être fiers, en tant qu’ancienne génération. Ce sont des jeunes qui veulent faire quelque chose de leur vie. Il ne leur manque que les occasions d’y parvenir.

Des pays tels que la Zambie, le Mali, le Ghana et le Rwanda ont réalisé des réussites solides dans leur approche au développement. Ils ont diversifié leur économie et ont créé des emplois dans différents secteurs, ce qui a permis de réduire la pauvreté. Ils ont continuellement réinvesti dans les fondations de leur économie, en construisant des routes et des centrales électriques, et en améliorant l’accès aux services financiers afin qu’un nombre accru de leurs citoyens puissent lancer ou élargir leurs entreprises. Sur la base des leçons que les États-Unis ont acquises dans le cadre de leurs initiatives dans le monde, nous souhaitons renforcer nos partenariats avec les pays qui adoptent une approche élargie, inclusive et durable à la croissance.

Maintenant, je serais la première à admettre qu’une trop grande partie de nos efforts en faveur du développement a consisté d’aide temporaire plutôt que d’initiatives visant à mettre en place les fondations du changement durable qui permet aux populations d’améliorer de manière permanente leur vie et leurs collectivités. Mais le gouvernement Obama a adopté une autre méthode. Notre objectif est d’aider les économies à réaliser une croissance continue afin qu’elles puissent répondre aux besoins nationaux. Au bout du compte, nous pensons que les programmes de développement les plus efficaces sont ceux qui finiront par ne plus être nécessaires parce qu’ils auront suscité l’activité économique, contribué à créer des institutions solides et aidé le secteur privé à s’épanouir et à fournir à son tour de nouveaux emplois.

En même temps, nous demandons à nos partenaires de faire leur part. Comment ? En augmentant la transparence, en renforçant leur système fiscal et en luttant contre la corruption. Chaque pot-de-vin versé à un douanier ou à un fonctionnaire représente une taxe invisible sur les coûts d’une entreprise et un fardeau pour la croissance économique. C’est un aspect prioritaire de notre engagement politique et nous attendons de nos partenaires qu’ils prennent des mesures concrètes pour combattre la corruption. L’un des avantages potentiels de la technologie est ce qu’on appelle le gouvernement électronique, « l’e-gouvernement », c’est-à-dire la possibilité de mettre les services du gouvernement sur la Toile afin que les formalités de lancer une entreprise ne passent plus par un si grand nombre de mains. Et nous encourageons les pays à entamer ce genre de procédés et nous œuvrerons de concert avec ceux que cela intéresse.

Nous mettons encore plus l’accent sur le commerce. J’en ai parlé il y a quelques jours au forum de l’AGOA à Lusaka. Au cours de la dernière décennie, les exportations non pétrolières de l’Afrique vers les États-Unis ont quadruplé, et nous ne commençons qu’à en découvrir le potentiel. Nous pouvons avoir beaucoup plus d’échanges commerciaux et nous en aurons. En fait, nous établissons des pôles régionaux de commerce, auxquels nous avons alloué 120 millions de dollars sur quatre ans, pour aider les entreprises à préparer un plan d’affaires et à apprendre à commercialiser leurs produits, et pour leur fournir les conseils techniques auxquels les petites et moyennes entreprises n’auraient pas accès autrement.

Cependant, le commerce ne doit pas seulement augmenter par-delà l’océan ou par-delà la mer avec l’Europe ou les États-Unis. Il faut l’accroître ici sur le continent. Il y a moins d’échanges commerciaux entre les pays subsahariens qu’à l’intérieur de n’importe quelle autre région du monde bien qu’on y trouve autant de consommateurs et de producteurs – mais il y a des obstacles, des obstacles tarifaires, d’autres non tarifaires, des suspicions qui perdurent et qui doivent être éliminées pour pouvoir tirer parti de la locomotive économique que l’Afrique subsaharienne peut devenir.

Je salue les pays et les institutions qui œuvrent pour accélérer l’intégration économique, notamment la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). L’an dernier, les États-Unis sont devenus le premier pays à nommer un ambassadeur à l’EAC, et nous cherchons à forger un partenariat avec elle afin de contribuer à la création d’une union douanière et d’un marché commun. Et nous applaudissons aux entretiens entamés lors de la réunion de la semaine dernière en Afrique du Sud, qui visent la conclusion d’un accord commercial tripartite qui réduira les barrières au commerce entre des dizaines de pays.

La vision d’un marché commun africain mérite d’être poursuivie. Cette approche se reflète dans les accords de notre Société du compte du millénaire, conclus pour forger des partenariats avec les pays en développement qui désirent favoriser la bonne gouvernance et la liberté économique et qui investissent dans leur société. Vous pouvez la voir dans notre Programme de partenariats pour la croissance : nous avons sélectionné quatre pays dans le monde qui, à notre avis, sont en mesure de mettre ensemble tous ces éléments, et deux d’entre eux sont en Afrique, en l’occurrence la Tanzanie et le Ghana. Ces nations ont pris des engagements solides en faveur de la démocratie, de leurs propres progrès dans le développement, et nous renforçons nos relations économiques avec ces pays dont les efforts donnent de bons résultats.

Un autre exemple de notre approche est notre Initiative alimentaire pour l’avenir (Feed the Future). Nous investissons 3,5 milliards de dollars dans 20 pays ciblés, dont 12 en Afrique, pour améliorer la sécurité alimentaire en revitalisant le secteur agricole afin que vous puissiez accroître la production et la disponibilité des aliments, améliorer les revenus des agriculteurs et réduire la faim et la sous-nutrition. Par le biais de l’Initiative alimentaire pour l’avenir, nous appuyons aussi le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) de l’Union africaine. Nous pensons que celui-ci a établi les fondations d’une politique agricole plus efficace pour tout le continent. En investissant dans l’agriculture et en renforçant la sécurité alimentaire des pays, nous verrons leurs économies connaître la croissance et leur stabilité s’améliorer.

Un autre élément important du développement économique est l’amélioration des soins de santé. Plusieurs pays africains réalisent actuellement de grands progrès dans leurs initiatives visant à mettre à la portée d’un nombre croissant de citoyens des soins qui peuvent leur sauver la vie. La Zambie a réduit de manière considérable la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Le Nigéria a fait de grandes avancées dans la lutte contre la poliomyélite en redoublant d’efforts au niveau des programmes d’immunisation. Et l’Éthiopie a mobilisé 30.000 agents sanitaires pour faire parvenir des soins primaires aux régions reculées du pays. Nous appuyons ce genre d’amélioration par le biais de notre Initiative en matière de santé mondiale qui soutient les programmes dirigés par les pays eux-mêmes et les aide à combiner leurs différents projets en un système unique et durable de santé publique.

C’est pourquoi nous combinons tous nos efforts entrepris dans le cadre du PEPFAR (Plan présidentiel d’aide d’urgence à la lutte contre le sida), avec ceux de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement internationale), de l’Institut national d’épidémiologie (CDC) et d’autres programmes du gouvernement américain, car nous sommes convaincus que la santé est un élément crucial de la sécurité d’un pays. Quand on prévient les épidémies, qu’on y met fin ou qu’on les maîtrise rapidement, quand les gens peuvent recevoir les soins dont ils ont besoin et qui leur sauvent la vie, et qu’ils peuvent retourner au travail et reprendre la vie normale, les familles s’en trouvent renforcées autant que les collectivités et les pays.

Enfin, pour ce qui est des possibilités de développement économique, nous devons permettre aux femmes d’Afrique d’en tirer aussi parti. Personne au monde ne travaille plus que les Africaines. [Applaudissements] Or très souvent, leur travail ne compte pas dans le secteur formel, n’est pas mesuré dans le PIB. Pourtant, si toutes les femmes d’Afrique, du Caire au Cap, décidaient de ne plus travailler pendant une semaine, les économies africaines s’effondreraient.

Intégrons donc cette moitié de la population. Traitons-la avec dignité. Donnons-lui le droit et la responsabilité d’apporter sa contribution en ce XXIe siècle qui sera celui de la croissance et du progrès en Afrique. Les États-Unis seront votre partenaire, car nous savons combien tout change lorsque les femmes sont instruites, lorsqu’elles ont accès aux soins médicaux, lorsqu’elles peuvent créer une entreprise, obtenir du crédit, soutenir leur famille. Assurons-nous que ce souci demeure au cœur du travail que nous réaliserons ensemble.

Je voudrais, pour terminer, aborder les questions de paix et de sécurité. Depuis quelques années, une histoire africaine commence à s’écrire discrètement, face aux défis sécuritaires qui surgissent dans le continent. De plus en plus, l’Union africaine et les organisations infrarégionales ainsi que les États d’Afrique, agissant seuls ou de concert, prennent en main la direction du règlement de leurs crises. En Somalie, l’AMISOM, la mission de maintien de la paix de l’Union africaine, grâce aux actions héroïques de soldats de l’Ouganda et du Burundi, a aidé le gouvernement fédéral de transition à réaliser ces deux derniers mois à Mogadiscio des progrès remarquables en matière de sécurité. Les shebabs, un groupe affilié à Al-Qaïda, sont finalement sur la défensive ; nous le savons car ils recourent de plus en plus aux attentats suicides et s’en prennent aux civils, ce qui constitue des signes de désespoir.

À présent, nous attendons du gouvernement fédéral de transition en Somalie qu’il suscite des progrès politiques et économiques parallèlement aux progrès de l’AMISOM en matière de sécurité. Il ne peut plus continuer à fonctionner comme il l’a fait par le passé. Nous voulons que le GFT règle ses dissensions internes et améliore la vie des millions de Somaliens qui ne cessent de souffrir, et nous savons que l’Union africaine sera à ses côtés.

En République démocratique du Congo, la poursuite des actes de violence contre des femmes et des filles et les activités de groupes armés dans la région orientale du pays sont pour nous une source constante de préoccupation. L’Union africaine et les Nations unies ne doivent épargner aucun effort en vue d’aider la RDC à réagir à ces crises sécuritaires incessantes.

Puis il y a la situation au Soudan : le Sud-Soudan est à moins d’un mois de devenir le dernier-né des États du monde. De plus, les gouvernements du Soudan et du Sud-Soudan ont accompli des progrès louables dans le sens de l’application de certaines dispositions de l’Accord de paix global. Toutefois, les faits récents le long de la frontière, en particulier dans la région d’Abyei, sont profondément inquiétants. Les parties doivent régler les points en suspens de l’Accord de paix global de manière pacifique et non par la violence. Ici encore, l’Union africaine a joué un rôle crucial en vue de faciliter les négociations au Soudan. Je tiens également à remercier le premier ministre de l’Éthiopie, notre pays d’accueil, pour tout ce qu’il a fait et continue de faire en ce sens.

J’aurai l’occasion dans la soirée de m’entretenir avec les représentants du Nord comme du Sud, pour ajouter ma voix et celle du président Obama et de mon gouvernement à toutes celles qui ne cessent de dire la même chose : réglez vos différends, résolvez le problème du Darfour. Nous avons eu quelques bonnes nouvelles aujourd’hui de Doha qui, espérons-nous, se traduiront par de véritables progrès. Mais concertez-vous et faites en sorte que ces deux pays puissent connaître un avenir pacifique et prospère.

Par ailleurs, il y a évidemment un autre pays dont la sécurité nous importe à nous tous, et c’est la Libye. La Libye a fait l’objet de bien des discussions parmi nous au cours des mois derniers. Je pense qu’il existe beaucoup de points sur lesquels nous pouvons nous accorder. Il ne fait guère de doute que les activités dont, hélas, le peuple libyen fait les frais depuis 40 ans vont à contre-courant de l’histoire. Et on ne conteste guère le fait que, bien que la Libye ait théoriquement le PIB le plus élevé d’Afrique grâce au pétrole, sa richesse est trop concentrée dans le cercle intime de M. Kadhafi.

Il est certes évident que les pays ici représentés ne s’accordent pas tous sur les mesures que la communauté internationale a prises à ce jour en Libye, à la direction du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce dernier, y compris ses trois membres africains, après avoir analysé les informations disponibles, a soutenu un mandat de l’ONU visant à protéger les civils, à prévenir un massacre et à susciter les conditions nécessaires à une transition vers un meilleur avenir pour le peuple libyen lui-même.

Je le sais, il y en a qui pensent toujours que les actions de l’ONU et de l’OTAN ne se justifiaient pas. Et je sais qu’au long des années M. Kadhafi a joué un rôle majeur dans l’appui financier à un grand nombre d’États et d’institutions africains, y compris l’Union africaine. Mais il devient de plus en plus clair, chaque jour, qu’il a perdu sa légitimité de régner et qu’il y a bien longtemps qu’il aurait dû quitter le pouvoir.

J’ose donc espérer que, même si nous sommes en désaccord sur certains éléments de ce qui nous a fait arriver au point où nous sommes, nous pouvons tomber d’accord sur ce qui doit se passer maintenant. Car, tant que M. Kadhafi restera en Libye, le peuple libyen sera en danger, les réfugiés continueront de quitter la Libye par milliers, l’instabilité régionale ira vraisemblablement en empirant et les voisins de la Libye en subiront de plus en plus les conséquences. Rien de cela n’est acceptable, et Kadhafi doit quitter le pouvoir.

Je demande instamment à tous les États africains de réclamer un cessez-le-feu réel et le départ de Kadhafi. Je vous exhorte, de plus, à suspendre les opérations des ambassades de Kadhafi dans vos pays, à expulser les diplomates pro-Kadhafi et à augmenter vos contacts et votre appui au Conseil national de transition. Vos paroles et vos actions pourraient s’avérer décisives, pour en finir enfin avec cette situation et permettre au peuple libyen, à tous les Libyens, au sein d’une nation unifiée, de s’atteler à la rédaction d’une constitution et à la reconstruction. Le monde a besoin que l’Union africaine monte au créneau. L’Union africaine peut aider la Libye à réaliser cette transition que vous avez-vous-mêmes décrite dans les déclarations de votre organisation, une transition à un nouveau gouvernement fondé sur la démocratie, le progrès économique et la sécurité.

Alors que nous envisageons l’avenir, nous désirons coopérer avec l’Union africaine en vue non seulement de réagir aux conflits et aux crises, mais de les devancer, de faire œuvre commune sur un ordre du jour positif qui arrêtera les crises avant même qu’elles n’éclatent. Je crois que nous pourrons trouver de nombreux terrains de collaboration.

En matière de promotion des jeunes, domaine prioritaire tant pour l’Union africaine que pour le président Obama, nous souhaitons appliquer avec vous un plan précis d’action. En ce qui concerne la démocratie et la bonne gouvernance, nous nous employons déjà, ensemble, à observer des élections partout en Afrique. À présent, nous devons faire davantage pour aider les États à renforcer leurs institutions démocratiques. Pour ce qui est de la croissance économique et des échanges commerciaux, l’Union africaine tient déjà un rôle privilégié dans la construction de l’architecture sous-régionale de l’Afrique et nous sommes prêts à l’aider.

Aussi tiens-je à féliciter les institutions africaines de ce qu’elles ont déjà accompli, dans certains cas quelques années seulement après leur création. Et je me porte garante de l’appui de mon pays à mesure qu’elles poursuivront leur action. Que vous cherchiez à approfondir l’intégration entre vos membres, à améliorer la coordination ou à réformer vos opérations, nous serons à vos côtés.

Un exemple excellent, et que le président en exercice a cité, a trait à ce que nous pouvons faire pour aider à réformer le soutien qu’apporte l’ONU à l’Union africaine ici à Addis-Abeba. L’ONU et l’Union africaine ont demandé aux États-Unis d’identifier des moyens grâce auxquels leur collaboration pourrait gagner à la fois en efficacité et sur le plan stratégique. Nous avons répondu affirmativement et il y a maintenant des membres du département d’État chargés de ce dossier qui travaillent étroitement avec nombre d’entre vous dans cette salle.

En outre, comme cela a déjà été annoncé, nous renouons notre participation à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ce qui est un autre signe de notre détermination à nous rapprocher des institutions régionales africaines. [Applaudissements]

Au cours de cette tournée africaine, il y a, à tout moment, quelque chose qui me dit qu’à chaque défi auquel l’Afrique est confrontée, une solution peut être trouvée ici-même quelque part. [Applaudissements] Vous n’avez nul besoin de porter très loin votre regard pour entrevoir la réussite politique, économique et sociale.

J’avais évoqué un peu plus tôt le printemps arabe, expression qui suggère l’éclosion de choses nouvelles. Or ce qui est en train d’éclore actuellement dans les États arabes a déjà germé dans un grand nombre de pays d’Afrique, à savoir l’attachement à la démocratie, la reconnaissance des droits de l’homme, l’investissement dans des programmes économiques, sanitaires et éducatifs, et l’accent mis sur la satisfaction des besoins des jeunes.

D’un bout à l’autre du continent le travail est engagé, mais la saison est longue. Aussi, ne perdez pas patience, ne cédez pas à la lassitude de faire ce qui est bien. Que votre détermination jamais ne se relâche. Continuez à bâtir assidûment la voie d’un avenir digne des talents et des aspirations des jeunes Africaines et Africains. Les États-Unis croient profondément en ces valeurs. Nous croyons passionnément à la promesse et au potentiel des démocraties pluralistes, des marchés libres. Nous accueillons sur nos rives des émigrés de tous les pays représentés ici, et nous observons le succès que tant d’entre eux connaissent aux États-Unis. Mais je n’ai jamais rencontré un seul émigré d’Afrique qui n’ait pas dit qu’il ou elle aurait aimé pouvoir réussir pareillement dans son pays d’origine, parmi les siens, au sein de sa famille, mangeant la nourriture, sentant les fleurs, admirant les paysages qui sont dans son sang. Telle est bien ma propre vision de l’Afrique, de ce continent qui veut rappeler ses enfants à lui car c’est là que résident les promesses de leur avenir.

Je vous remercie. Que Dieu vous bénisse.

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