dimanche , 25 août 2019
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Procès sur la mort de Modibo Kéita : L’ancien président Moussa Traoré a reçu sa citation à comparaitre pour l’audience du 31 mai

 De sources judiciaires dignes de foi, le dictateur déchu et par deux fois condamné à mort puis gracié, le général Moussa Traoré, a reçu sa citation à comparaitre comme témoin dans le procès opposant le doyen Amadou Seydou Traoré dit  Amadou Djicoroni aux héritiers de feu Dr Faran Samaké autour des circonstances de la mort du premier président de la République du Mali, feu Modibo Kéïta.

Ce qui constitue  une avancée dans ce feuilleton à rebondissements où la défense s’était jusque-là butée à l’absence des témoins concernés. Cette fois-ci, elle semble tenir le bon bout. En effet, le parquet du tribunal de première instance de la commune III  vient d’adresser la citation à comparaitre aux témoins cités par les avocats de Amadou Djicoroni au nombre desquels Moussa Traoré, ex-patron du CMLN sous le règne duquel Modibo Kéïta est décédé après neuf ans de détention sans jugement dans des conditions jamais éclaircies à ce jour.

L’ancien dictateur n’est pas la  seule personnalité citée à comparaitre. Il sera rejoint par d’autres témoins des faits, en l’occurrence le colonel Youssouf Traoré, ancien membre et porte-parole du Comité militaire de libération nationale (CMLN), les capitaines Zan Coulibaly et Sounkalo Samaké, Modibo N’diaye, arbitre international et  Sinimory Kéita, neveu du défunt président de la République.Il est à préciser que lors des précédentes audiences, le procès avait piétiné à cause de l’absence des témoins. Au motif que le ministère public n’avait pas, en son temps, délivré une citation aux concernés.

Selon la défense, la comparution des personnes citées sera déterminante pour la manifestation de la vérité. Elles en savent beaucoup plus qu’on ne l’imagine.

Tout d’abord, Moussa Traoré,  en sa qualité de président de la République et du Comité militaire de libération nationale au moment des faits. A la défense, on estime très clairement qu’il est mieux placé que quiconque pour témoigner non seulement sur les circonstances de la mort de Modibo Kéita mais aussi sur celle du docteur Faran Samaké. Faut-il rappeler que, lors d’une de ses sorties, la défense a soutenu que son client n’a pas accusé feu Dr Faran Samaké dans l’assassinat de Modibo Kéita sur la base des rumeurs ou de simples suspicions mais sur la base de faits réels et précis.

Comment parvenir donc à établir la responsabilité de ce dernier dans l’assassinat de Modibo Kéita en dehors de tout indice réel ? C’est surtout à ce niveau que  les débats promettent  d’être très houleux. L’avocat des héritiers de Faran Samaké, Maitre Mamadou Bouaré, dit plutôt attendre  la preuve matérielle pouvant incriminer Faran Samaké, à savoir l’ordonnance établie par celui-ci et le nom du produit qui fut inoculé au président Modibo Kéita.

Côté défense, on estime que cela ne saurait constituer un obstacle à la manifestation de la vérité en ce sens que « le simple indice peut être préférable à la preuve matérielle« . L’autre témoin très attendu, en dehors de Moussa Traoré, est son fidèle  compagnon, le colonel Youssouf Traoré. Ce dernier, rappelons le, avait fait une mise au point contre Moussa Traoré lors de son interview dans « Mémoire d’un continent » d’Ibrahim Baba Kaké en 1988 sur l’affaire Modibo Kéita.

Le colonel Youssouf Traoré révèle ce qui suit : « Du premier jour de leur arrestation jusqu’à la date de la libération totale de tous les détenus politiques, tous leurs problèmes étaient portés à la connaissance du CMLN et traités au cours des sessions. Le président du CMLN, Moussa Traoré, le ministre de l’intérieur, Kissima Doukara, le directeur général des services de sécurité et le docteur Faran Samaké étaient de ceux qui les suivaient plus particulièrement dans la vie quotidienne. Il est exact que bien avant le mois de mai 1977, sur décision du CMLN, Modibo, de Kidal avait regagné Bamako pour raison de santé et les conditions de sa détention avaient été assouplies. Mais les déclarations de Moussa Traoré relatives à la requête de la mère de Modibo, quelques jours avant sa mort, ne correspondent pas à la réalité. Les circonstances de la mort de Modibo sont entourées d’un épais brouillard même pour les membres du CMLN à l’exception de ceux qui avaient le devoir de le suivre de près et de le soigner« .

 Le témoignage qui, sans nul doute, fera sauter les verrous est  celui du capitaine Sounkalo Samaké, commandant du Camp para lors du passage de Modibo Kéita. Dans son livre « Ma vie de soldat » et dans l’extrait consacré à la mort de Modibo Kéita, il écrit : « un jour, le soldat qui lui apportait ses repas est venu me voir pour me dire que Modibo était tombé de son lit. J’ai couru pour aller dans sa cellule. Il bavait. Je l’ai pris dans mes bras, j’ai dit au soldat, aide-moi. Nous l’avons couché dans son lit, je lui ai posé la question, qu’est ce que tu as ? Il voulait parler mais le son ne sortait pas. J’ai fait appeler l’infirmier major et je lui ai posé la question : Modibo a-t-il été soigné ce matin ? Oui ! A quelle heure ? A dix heures. Qui a fait la prescription ? C’est le Dr Faran Samaké. Qui a fait le traitement ? C’est moi« .

Sinimory Kéita, neveu de Modibo Kéita et son père, aux dires de la défense, furent les premiers proches du défunt à avoir vu le corps.  Son témoignage sera aussi capital.  Après sa double condamnation à mort (crimes de sang et crimes économiques) Moussa Traoré pourra t-il, cette fois-ci, se dérober à la justice ?   En tout cas, il est fort à parier que d’ici le 31 mai, date de sa comparution, beaucoup d’eau va couler sous le pont du fleuve Djoliba.       

L’Indépendant (Mali)

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