jeudi , 13 décembre 2018

Ouattara voulait IB vivant – La mort du sergent-chef embarrasse l’hôtel du Golf

La mort du sergent-chef Ibrahim Coulibaly alias IB, livre peu à peu ses secrets. 48h après l’assassinat du chef du commando invisible, on apprend que le président Alassane Ouattara avait donné instruction de le capturer vivant. Selon Rfi, qui a rapporté l’information hier vendredi 29 avril, le chef de l’Etat avait demandé à son Premier ministre, Guillaume Soro, de ne pas toucher à l’intégrité physique de IB. Que s’est-il alors passé pour que le « géant d’Abobo » soit finalement liquidé mercredi 27 avril dernier ? On n’en sait pas davantage pour le moment. Pour l’heure, cette énième mort consécutive au contentieux électoral, est perçue dans la famille des Houphouétistes comme une mort de trop.

 

A l’hôtel du Golf, en effet, l’élimination de IB embarrasse. Du moins si l’on s’en tient aux premières confidences faites par l’entourage du nouveau pouvoir au confrère de Rfi. Selon lui, cette fin tragique de la figure emblématique du commando invisible est diversement interprétée. Pour certains proches du chef de l’Etat, IB avait lui-même scellé son sort en louvoyant au moment où la hiérarchie militaire lui demandait de déposer les armes.

Au Pdci, en revanche, on regrette que la solution négociée n’ait pas été épuisée. IB, faut-il le rappeler, était le meneur des soldats qui ont renversé l’ancien président Henri Konan Bédié le 24 décembre 1999. Un cacique de ce parti, cité par Rfi, n’a pas caché son embarras.

« Après les violences de l’Ouest, nous aurions dû trouver une solution négociée. L’accumulation des cadavres risque tôt ou tard de nous poser problème dans une opinion publique toujours partagée », a-t-il confié. Pour bien des analystes, l’assassinat de l’ancien garde du corps d’Alassane Ouattara n’est que le tragique aboutissement d’une vieille rivalité entre lui et le Premier ministre Guillaume Soro. Aussi certains observateurs parlent-ils de règlement de comptes. Pour le tout nouveau directeur général de Fraternité Matin, le journal progouvernemental, la rivalité entre IB et Soro ne pouvait qu’être fatale à l’un ou l’autre.

« Entre lui et Soro, c’était comme un marigot où deux caïmans ne peuvent pas vivre. Je crois que l’un ou l’autre, les deux ne pouvaient cohabiter, l’un devait tuer l’autre », commente-t-il. Venance Konan estime par ailleurs que la mort de IB est « une mauvaise nouvelle », d’autant qu’ « il a joué un rôle important dans la victoire sur l’ennemi(Laurent Gbagbo, ndlr) ».

Quant à Boubacar Sanso Barry de GuinéeConakry.info, il s’interroge sur cette dramatique sortie de scène du chef du commando invisible : « La mort d’IB est d’autant plus difficile à comprendre et à accepter que certains de ses proches disent que lui et ses hommes n’ont eu de cesse de crier leur volonté de se rendre, tout juste avant de recevoir la balle fatale », note-t-il, avant d’en déduire que « c’est une démarche qui ne peut que desservir la réconciliation qui est perçue par tous les analystes comme le véritable chantier que Ouattara a en face de lui ». D’autres analystes estiment que la mort de IB vient écorner l’image du nouveau pouvoir, qui se trouve taché de sang. Même mort, Ibrahim Coulibaly n’a donc pas fini de faire parler de lui.

Assane NIADA

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