mercredi , 13 novembre 2019

AQMI et les turbulences au Sahel : Bamako se repositionne

Echaudé par une politique de la France plus préoccupée pas ses intérêts, loin de répondre à ses attentes, le Mali revient à une coopération régionale de lutte contre le terrorisme plus en phase avec ses exigences.
Considéré comme le maillon faible de la chaîne antiterroriste au Sahel, le Mali serait-il en train de revoir sa politique? Plusieurs indices incitent à y répondre par l’affirmative dans la mesure où ce pays donne la nette impression de sortir pour la première fois de sa «léthargie» pour se positionner clairement face à une menace dont les retombées graves n’ont pas tardé à se faire sentir, notamment en ce qui concerne le secteur du tourisme qui se trouve aujourd’hui en pleine agonie.

La récente mise en garde lancée par l’ambassade de France à Bamako considérant la région de Mopti comme une zone d’insécurité en plus des multiples rapatriements presque «forcés» de nombreux ressortissants français pour la plupart des activistes travaillant pour le compte d’ONG humanitaires, ont fini par étouffer toute chance de réanimer une économie moribonde dans un pays sans ressources, qu’Al Qaîda au Maghreb islamique est en train de transformer en sanctuaire de la nébuleuse terroriste, ont estimé des sources sécuritaires très au fait de la situation. Convaincue de la nécessité et de l’urgence d’un travail concerté dans la lutte antiterroriste, l’Algérie a, de tout temps, adopté une attitude responsable à l’égard de ses voisins du Sud, le Niger et le Mali en particulier. Il faut rappeler que les liens historiques avec ces pays remontent bien loin à l’époque de la lutte contre le colonialisme.

Même s’il intervient à la suite d’une visite surprise de l’envoyé spécial du président malien, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Soumeylou Boubeye Maïga à Alger, le déplacement de Gaïd Salah à Bamako n’a rien d’exceptionnel puisqu’il rentre dans le cadre d’un processus de solidarité et de vision commune lancé depuis des années mais qui a connu des périodes de ralentissement en raison d’interférences étrangères. Le diplomate malien avait admis que «la situation sécuritaire dans la région du Sahel demeure grave et préoccupante et nécessite que nous conjuguions encore plus nos efforts pour trouver les réponses les plus adéquates à cette situation». Il avait indiqué par ailleurs, que sa visite à Alger s’inscrivait dans l’objectif «d’instaurer une sécurité immédiate dans la région mais aussi une stabilité plus globale et plus durable».

Mourad Medelci, avait affirmé pour sa part, à l’issue d’une séance de travail avec son homologue malien que «les deux parties se sont accordées sur un agenda, devant permettre d’organiser les volets de la coopération sécuritaire, qui sera précisé dans les prochaines semaines». De son côté, le diplomate malien a indiqué: «Nous sommes convenus de consolider les mécanismes qui régissent les relations bilatérales pour que des avancées substantielles soient enregistrées durant l’année 2011 en matière de coopération sécuritaire sur la zone frontalière, de consultations et de coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme». Et d’ajouter:«Nous pourrons aboutir ensemble à l’instauration progressive d’une sécurité dans l’espace commun de manière à assurer une stabilité plus globale et durable à travers l’harmonisation de nos évaluations, approches et méthodes d’action.»

Aussi, la visite de Ahmed Gaïd Salah au Mali s’inscrit-elle dans ce contexte marqué par un notable changement du comportement de Bamako vis-à-vis de la politique confuse menée par l’ancienne puissance coloniale. En effet, de plus en plus agacé par une position française qui frise le mépris, le Mali est en train de se replacer à l’endroit qu’il n’aurait jamais dû abandonner; aux côtés de l’Algérie et des autres pays du Sahel. Consciente que la lutte contre le terrorisme doit dépasser le cadre des paroles et des bonnes intentions, l’Algérie vient de relancer son programme d’aide au Mali en octroyant 10 millions de dollars à ce pays, destinés à promouvoir la région nord, cette zone dont les habitants sont devenus des otages des groupuscules d’Al Qaîda. Cette organisation criminelle exploitant le dénuement des populations de cette région ainsi que leur isolement, a toujours disposé de bases dans le Nord malien à partir duquel elle opère à sa guise en s’adonnant à tout genre de trafics. C’est à partir de cette donne fondamentale que l’Algérie a entrepris de «déloger» économiquement les réseaux mafieux de cette région.

Pour atteindre cet objectif, la coopération régionale est plus qu’une nécessité, les Maliens étant tenus de se hisser au niveau de la confiance placée en eux par l’Algérie. Pour le moment, tout indique que le processus serait en bonne voie. L’aide initiée par l’Algérie ne se limite pas au Mali uniquement, elle s’inscrit dans l’urgence aussi pour la Mauritanie et le Niger. Les trois pays qui recevaient des aides de l’Europe et des Etats-Unis se sont retrouvés sans ressources du fait du gel par les Occidentaux de leurs aides. La Libye qui était en mesure aussi d’assurer une assistance à ces pays est plongée dans une guerre civile avec pour conséquence le blocage de l’aide, blocage total de ce soutien matériel initialement prévu.

L’objectif essentiel de cette intervention de l’Algérie vise, selon des sources sécuritaires, à stopper les infiltrations des membres d’Al Qaîda et la prolifération des armes. Pour cela, il est indispensable de reconsidérer les moyens de lutte dans leur globalité et de dégager une stratégie d’urgence, notamment pour le contrôle des frontières.

Aucun sujet ne sera tabou

Les chefs d’état-major du Mali, du Niger et le chef d’état-major adjoint de la Mauritanie participent à cette réunion extraordinaire du commandement conjoint de leurs armées. Selon un colonel malien, la réunion va se pencher sur la nécessité de lutter contre l’insécurité dans la bande sahélo-saharienne avec une coordination des efforts entre les pays. «Aucun sujet ne sera tabou. On parlera de tout», a ajouté la même source. La rencontre ne devrait pas aboutir sur un plan sous-régional d’attaque immédiat contre l’Aqmi. Les chefs d’état-major s’étaient déjà réunis en septembre 2010 à Tamanrasset où est établi leur quartier général. Les représentants des armées doivent être reçus par le chef de l’Etat malien, Amadou Toumani Touré.

Ikram GHIOUA – L’ExpressionDZ.com (ALGERIE)

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